CBE transplante une espèce protégée de Gagée pour la déviation de Castries (5 janv 2016)

Une station de Gagée de lacaita a été déplacée afin d’éviter sa destruction par le projet en cours du contournement routier de Castries (34). Les garrigues de Castries sont en effet très riches mais certains pieds de Gagées (plante protégée en France) n’ont pas pu être évités par le tracé de la future déviation routière.

La transplantation d’une espèce protégée est une opération délicate qui a fait intervenir le CEFE-CNRS en collaboration avec un cabinet d’études, le Cabinet Barbanson Environnement.

 

La Gagea lacaitae est une petite plante à bulbe de la famille des Liliacées. Elle possède de petites fleurs jaunes à six tépales qui s’expriment généralement en mars. Ses feuilles vert clair sont rubanées et bordées de deux rainures. Certains individus produisent de nombreuses bulbilles entrainant l’apparition d’une « touffe » de feuilles fines au centre de la plante.

La première phase de l’opération a été le repérage de la station à transplanter, chaque individu en feuilles a été précisément marqué à l’aide d’une baguette métallique en mars 2014, lorsque la plante était encore visible. Ce marquage a permis de déterrer les bulbes marqués une fois la plante en « dormance », c’est-à-dire une fois que son appareil végétatif a disparu et que seul le bulbe inactif persiste dans le sol. Cette deuxième phase a eu lieu en juillet 2014. Les bulbes ont ensuite été prélevés avec leurs mottes de terre afin de limiter au maximum de perturber les plantes.
Une fois les bulbes prélevés, la terre a également été bêché et trié afin d’éviter au maximum les oublis de bulbes.
Les bulbes et leurs mottes ont été plantés en pots et mis en jauge dans les installations du CEFE-CNRS à Montpellier, le temps de définir précisément le lieu de compensation.

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aperçu d’un milieu favorable (pelouses sèches au premier plan) ou des Gagées ont été introduites (CBE mars 2015)

Une fois la parcelle d’implantation déterminée, il a fallu délimiter précisément les milieux favorables à la Gagée, c’est à dire les milieux où l’on pourra planter précisément les bulbes. L’identification de tels milieux repose sur une étude conduite depuis plusieurs années par le CEFE-CNRS.

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plantation d un bulbe a l aide d une tariere cbe juin 2015
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plantation d un bulbe a l aide d une tariere cbe juin 2015 (2)

La plantation a alors pu avoir lieu en juin 2015 et au total, 109 bulbes ont été plantés. Les plantations ont été réalisées au sein de six placettes de 1m2, répartis sur deux sites distants d’une centaine de mètres environs.

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mise en défens d’un site de plantation (CBE juin 2015)

Enfin, les deux sites de plantation ont été mis en défens avec une clôture métallique. Cela permet de dissuader le passage et le retournement du sol par les sangliers.
Le résultat de ces plantations sera suivi pendant 25 ans pour évaluer la réussite des opérations.

Lors d’un passage réalisé en décembre 2015 pour vérifier l’état de la mise en défens, les premiers pieds de Gagée plantés ont commencé à pousser. Cette première observation encourageante devra être confirmée par la première année du suivi scientifique qui aura lieu en mars 2016.

Cette opération novatrice est réalisée de manière similaire sur la Gardiole en lien avec les travaux de doublement de l’A9.

Ce travail qui reste très expérimental vise plus largement à équilibrer les taux d’extinction et de colonisation des espèces rares et menacées en lien avec les projets d’aménagements.

Pour la Gagée de Lacaita, cette démarche parait indispensable. En effet, son mode de reproduction quasiment toujours asexué (création de bulbilles) auquel s’ajoutent ses faibles capacités de dispersion rend cette espèce particulièrement vulnérable à l’urbanisation et l’artificialisation rapide de ses milieux. La Gagée de Laciata ne semble pas posséder les caractéristiques biologiques et écologiques nécessaires pour résister ou s’adapter aux perturbations anthropiques de notre siècle. Sa sauvegarde passe donc par la préservation des milieux naturels qui l’accueille, à défaut par son déplacement vers des milieux qui lui sont favorables et qui seront protégés via le processus de compensation écologique.

Hugo FONTES. Botaniste au Cabinet Barbanson Environnement

 

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